La seconde-main est un secteur en plein essor dans la mode. Des entreprises de fast fashion se mettent à proposer des solutions pour s’intégrer dans une économie circulaire et proposer à leur clientèle des vêtements recyclés. S’agit-il d’un véritable engagement ou d’un effet de mode que ces sociétés oublieront dès la prochaine saison ? 

C’est une exclusivité mondiale. Le 12 octobre dernier, une boutique H&M située à Stockholm, en Suède, a dévoilé une drôle de machine. Baptisée « Loop », elle permet à la clientèle de venir y déposer de vieux vêtements et de les transformer, en à peine cinq heures et huit étapes, en une nouvelle pièce de prêt-à-porter, rapporte Fashion Network.

La machine n’est pas étroite. De la taille d’un conteneur, elle a été fabriquée par l’Institut de recherche textile HKRITA et l’entreprise de filature Novetex Textiles, basées à Hong Kong. Mais l’opération de recyclage suscite peu d’énergie : pas d’eau, pas de produits chimiques. Seules quelques fibres d’origine durable viennent renforcer les fibres recyclées, peut-on encore lire sur le site spécialisé. 

H&M n’est pas la seule entreprise à proposer à ses clients ce type de service s’inscrivant dans une démarche circulaire. La célèbre marque de jeans, Levi’s a par exemple lancé Levi’s SecondHand, un programme de récupération et de revente de ses pièces, rapporte également Fashion Network

Concrètement, les propriétaires de vêtements en denim qui souhaitent se débarrasser d’une pièce déjà portées et encore portables, peuvent se rendre dans une boutique Levi’s, bénéficier d’un bon d’achat en retour selon l’état de la pièce, et participer, ainsi, au recyclage des produits. 

“La réutilisation et la réparation des vêtements ne nécessitent qu’un minimum d’énergie supplémentaire, pas d’eau et pas de teinture”, assure Jennifer Sey, directrice marketing de Levi’s à Fashion Network. 

Si ces entreprises se lancent dans ce type de programmes, c’est, disent-elles, par conscience écologique. 

MOINS DE DÉCHETS ET DE CO2

Pour Pascal Brun, responsable du développement durable chez H&M, le but de « Loop » n’est pas de recycler tous les vêtements de la population de Stockholm mais plutôt de faire preuve de pédagogie à l’égard de sa clientèle, rapporte Retail Detail. « Le détaillant souhaite avant tout montrer aux clients le fonctionnement du processus de recyclage des textiles et les sensibiliser au recyclage des vieux vêtements. »

“Nous explorons constamment de nouvelles technologies et innovations pour contribuer à transformer l’industrie de la mode, alors que nous travaillons à réduire la dépendance vis-à-vis des ressources vierges », détaille Pascal Brun dans Fashion Network. « Impliquer les clients est essentiel pour réussir de réels changements et nous sommes ravis d’observer ce que Looop va inspirer. »

Levi’s de son côté, rappelle avec société d’expédition électronique ThredUp que 64% des 32 milliards de vêtements produits chaque année finissent dans une décharge, peut-on encore lire dans Fashion Network. « L’achat d’un jean Levi’s d’occasion par le biais de SecondHand permet d’économiser environ 80% des émissions de CO2 et 700 grammes de déchets par rapport à l’achat d’un nouveau modèle », détaille Jennifer Sey, directrice marketing de Levi’s.

SECONDE MAIN, CLÉ À ACTIVER

Si le marché mondial de la seconde main est évalué entre 30 à 40 milliards de dollars (25 à 34 milliards d’euros), ce dernier devrait prendre plus d’ampleur dans les années à venir. Ainsi, selon une étude européenne du cabinet Boston Consulting Group pour Vestiaire Collective, rapportée par Fashion Network, ce secteur, qui correspond aujourd’hui à 2% du poids total du secteur de la mode, devrait croître de 15 à 20% par an au cours des cinq prochaines années. 

Certaines plateformes en ligne pourront même « expérimenter une croissance de 100% d’une année sur l’autre », précise BCG. 

Selon cette étude menée sur 7000 consommateurs et consommatrices, 69% des personnes interrogées se disent prêtes à consommer davantage de pièces d’occasion à l’avenir. En cause ? Les consciences écologiques qui s’invitent de plus en plus dans les processus d’achat des clients et clientes. 70% des personnes sondées ont indiqué se tourner vers la seconde main en raison de son caractère durable. Elles étaient 62% en 2018.

Tourner le dos à ces préoccupations croissantes serait donc une erreur pour les entreprises de mode, même de Fast Fashion. Car, toujours selon l’étude de BCG, 62% du panel est davantage enclin à acheter des pièces auprès de griffes qui collaborent avec des acteurs de la vente de seconde main. Près d’une personne sur deux (48%) envisage de consommer à nouveau et directement auprès d’un label lorsqu’il a été découvert par le biais de l’occasion. « La seconde main s’impose donc comme une clé à activer pour acquérir de nouveaux clients », résume Fashion Network. 

H&M, Levi’s et les autres l’ont bien compris. Secteur d’avenir, le marché de la seconde main est un virage dans la mode qu’il convient de ne pas manquer. 

« Loop » de H&M n’est peut-être qu’une machine dans une seule et unique boutique mais sa mise en place s’inscrit dans une ambition plus large de la marque de fast fashion. Retail Detail rappelle en effet que H&M souhaite devenir une entreprise totalement circulaire et « climate positive » d’ici 2040. 

Levi’s de son côté sait aussi que la concurrence est rude concernant la revente de ses pièces en denim, sur des plateformes spécialisées telles que Ebay, Etsy, Vinted ou encore Depop.

Pour résumé
  • H&M vient de lancer « Loop », une machine de la taille d'un conteneur qui permet de recycler de vieux vêtements ou nouvelles pièces de prêt-à-porter.
  • Levi's a aussi lancer son programme en interne : Levi's SecondHand, un programme de récupération et de revente de ses pièces.
  • Les entreprises de mode qui se mettent au recyclage et à la seconde main se justifient par conscience écologie.
  • Ces actions s'inscrivent dans une politique interne plus large afin de sensibiliser le grand public à l'économie circulaire.
  • Il s'agit aussi d'un marché croissant, selon une étude du Boston Consulting Group.
  • Le secteur de la seconde main devrait croître de 15 à 20% par an au cours des cinq prochaines années.