Alors que les consciences Ă©cologiques des consommateurs, notamment du cĂŽtĂ© des millennials, prennent de plus en plus de place dans les critĂšres d’achat de ces derniers, les maisons de luxe s’attaquent au marchĂ© de la seconde main. Les objectifs sont doubles : inscrire leurs marques dans une logique durable et sĂ©duire une gĂ©nĂ©ration toujours plus engagĂ©e et soucieuse de l’environnement.

Les internautes inscrits sur le site The RealReal l’attendaient avec impatience : la marque Gucci est enfin disponible. Fort de 17 millions d’inscrites et d’inscrits, « le site s’impose comme l’un des poids lourds sur un secteur de la revente qui pĂšse dĂ©sormais pour 9% du marchĂ© global du luxe », rappelle Le Journal du luxe.

« En innovant en continu pour rendre ses activitĂ©s plus durables, Gucci met la barre haut, non seulement pour l’industrie de la mode, mais Ă©galement pour toutes les entreprises », explique Julie Wainwright, fondatrice et CEO de The RealReal dans un communiquĂ©. « Ensemble, nous mettons un coup de projecteur sur le principe de la revente et espĂ©rons que cette dĂ©marche incitera tous les consommateurs Ă  soutenir l’économie circulaire et Ă  nous rejoindre dans la rĂ©duction de l’empreinte carbone du monde de la mode. »

Si Gucci a choisi cette plateforme, ce n’est pas par hasard. Selon TheRealReal, les piĂšces griffĂ©es Gucci font partie des plus recherchĂ©es sur le site, notamment auprĂšs des 18-34 ans, les millenials. Cette gĂ©nĂ©ration de consommateurs et consommatrices est de plus en plus engagĂ©e et sensible aux marques de mode qui s’engagent pour l’environnement et une Ă©conomie circulaire.

MĂȘme en Chine, un pays oĂč la culture de la seconde main n’est pas autant valorisĂ©e qu’en occident, ce marchĂ© de la revente de produits de luxe explose grĂące aux millennials, peut-on lire dans un article de Fashion Network.

UN MARCHÉ POUR LES MILLENNIALS

Selon une Ă©tude du cabinet-conseil Bain, les consommateurs et consommatrices chinoises reprĂ©senteront prĂšs de la moitiĂ© du marchĂ© mondial du luxe d’ici 2025, soit environ entre 318 et 329 milliards d’euros. À noter aussi que plus de la moitiĂ© (52%) des consommateurs et consommatrices de produits de luxe de seconde main en Chine ont moins de 30 ans.

Plum, une sociĂ©tĂ© pĂ©kinoise spĂ©cialisĂ©e dans la revente de produits de luxe d’occasion, dĂ©clare ainsi avoir vu ses revenus enregistrer « une forte hausse cette annĂ©e pendant la pandĂ©mie, car les magasins physiques Ă©taient fermĂ©s pour la plupart », explique Xu Wei, la fondatrice dont l’entreprise touche en majoritĂ© des jeunes femmes. En moyenne, les ventes de Plum ont donc augmentĂ© de plus de 25% par mois au cours du premier semestre, rapporte Fashion Network. Pour Xu Wei, le succĂšs de la seconde main s’explique par la recherche pour les consommatrices de piĂšces de bonne qualitĂ© mais plus Ă©conomiques.

Et si la part du marché chinois de la revente de produits de luxe reste encore modeste, les plateformes comme Plum, Ponhu ou Feiyu, « parient sur une forte croissance dans les années à venir », précise encore le site spécialisé.

UNE STRATÉGIE GLOBALE

La maison MiuMiu a quant Ă  elle choisi une autre stratĂ©gie pour s’implanter dans le marchĂ© de la seconde main. Pendant des mois, les petites mains de la marque ont dĂ©nichĂ© des piĂšces d’occasion Ă  travers les friperies du monde entier, rapporte Le journal du luxe. Au total, 80 piĂšces ont ainsi Ă©tĂ© retouchĂ©es par Miucca Prada, dont deux robes prĂ©sentĂ©es le 10 octobre lors du Green Carpet Fashion Awards. Le reste de cette collection unique sera disponible pour la mi-novembre.

Qu’il s’agisse de MiuMiu, Prada ou encore Gucci, ces maisons de luxe alignent les engagements pour une mode plus durable. La seconde-main s’inscrit dans cette stratĂ©gie, au mĂȘme titre que le renoncement Ă  la fourrure pour les uns ou le dĂ©veloppement de collections en matĂ©riaux durables pour les autres.

Cette dĂ©marche n’est pas seulement engagĂ©e. Elle relĂšve aussi d’une approche marketing de ce marchĂ© en plein essort. Car selon une Ă©tude du Boston Consulting Group, menĂ©e pour Vestiaire Collective, le marchĂ© de la revente de produits de luxe constitue un formidable tremplin pour toucher toute une nouvelle clientĂšle soucieuse de l’environnement mais Ă©galement Ă  la recherche de produits de qualitĂ©, rapporte Fashion Network.

69% des 7000 personnes interrogĂ©es dans six pays (États-Unis, France, Espagne, Italie, Allemagne et Royaume-Uni) se disent prĂȘtes Ă  consommer davantage de piĂšces d’occasion Ă  l’avenir.

62% du panel assure Ă©galement ĂȘtre plus enclin « Ă  acheter des piĂšces auprĂšs de griffes qui collaborent avec des acteurs de la vente de seconde main » tandis que prĂšs de la moitiĂ© (48%) des sondĂ©s envisagent « de consommer Ă  nouveau et directement auprĂšs d’un label lorsqu’ils l’ont dĂ©couvert par le biais de l’occasion ».  AprĂšs les millennials, la gĂ©nĂ©ration Z ?

Pour résumé
  • Les millennials sont de plus en plus sensibles aux engagements environnementaux des marques mais veulent aussi pouvoir se procurer des produits de luxe et de qualitĂ©.
  • Le marchĂ© de la seconde-main sĂ©duit de plus en plus cette gĂ©nĂ©ration et plusieurs groupes de luxe l'ont bien compris tels que Kering (Gucci) ou Prada (MiuMiu).
  • En Chine, la revente de produits de luxe n'a pas encore bonne presse mais attire de plus en plus de jeunes.
  • Le marchĂ© de l'occasion va gagner en valeur dans les annĂ©es Ă  venir. Il est aussi une façon d'attirer une nouvelle clientĂšle. Pourquoi s'en passer ?