Après un suspense palpitant et un taux de participation jamais vu depuis 120 ans dans l’histoire des élections américaines, Joe Biden a été sacré 46e président des Etats-Unis. Ses partisans ont décidé de célébrer la victoire de leur champion et la fin du règne du républicain Donald Trump, en sabrant le champagne dans les rues de Washington, New York et Chicago, pour le plus grand bonheur des cavistes locaux. 

La pandémie a entraîné une hausse de la consommation d’alcool, et les Etats-Unis n’ont pas fait exception, à ceci prêt que les grands gagnants étaient, au premier semestre 2020, comme le rapporte Forbes, les vins et spiritueux, la bière et le cidre, mettant sur la touche les vins français, dont le champagne. 

Or, à l’issue de la victoire du candidat démocrate Joe Biden, ses supporters se sont rués sur les bouteilles de champagne, faisant sauter le bouchon entre amis et inconnus et immortalisant l’instant sur les réseaux sociaux, à l’instar du réalisateur et activiste Spike Lee. De New York à Miami en passant par les villes de l’ouest Denver et Austin, les mêmes scènes de liesse populaire. Côté démocrate, on danse et on chante au rythme d’un Cha Cha Slide endiablé et des “No More Trump” et autres “You’re Fired”. 

A Washington, Calvert & Woodley, célèbre pour sa sélection de vins dans le monde entier, a connu une hausse des ventes de bouteilles de champagne, supérieure de 70 à 75% par rapport à un samedi ordinaire, selon un directeur de magasin cité par l’AFP. 

La scène s’est répétée chez Magruder’s, caviste établi depuis 1845 dans le quartier résidentiel de Chevy Chase. Une caissière faisant remarquer que les clients ont acheté ce jour-là 2-3 bouteilles en même temps, “ce qui est très inhabituel”.

Newsweek a calculé que les marchands de vin de la capitale fédérale ont vendu plus de bouteilles de champagne en une journée que lors des deux dernières soirées du nouvel an cumulées. 

Si le profil et la personnalité empathique du président élu apaise une bonne partie des américains, il ne sonne pas nécessairement le glas du protectionnisme américain. La menace de nouvelles taxes sur les exportations, comme celles qu’avait fait peser l’administration Trump sur la gastronomie française pourrait en effet ressurgir. 

En octobre 2019, le PDG du groupe de luxe LVMH, Bernard Arnault était parvenu à faire entendre raison à Donald Trump, évitant du même coup une surtaxe de 25% sur les vins et spiritueux en représailles aux aides d’Airbus. Cette année c’était une autre taxe qui menaçait une nouvelle fois la profession sous l’impulsion du président Trump, en représailles cette fois-ci à la taxe GAFA.

La crise sanitaire et son lot de restrictions d’évènements festifs qui ont vu l’achat de champagne en grande distribution s’effondrer ses derniers mois, représentent déjà pour la filière 400 millions d’euros de manque à gagner. Sur le marché français ce sont 100 millions de bouteilles qui n’ont pas trouvé preneur selon France Info. Ainsi que le rapporte les Echos, la consommation de vin a reculé aux Etats-Unis en volume l’année dernière sous l’effet de la perte du pouvoir d’achat des seniors, une consommation de boissons alcoolisées très diversifiée chez les jeunes et la concurrence des Hard-Seltzers, des pré-mix pétillants à faible teneur en alcool. 

Selon un responsable de la société d’étude IWSR, ces produits “prêts à boire” représentent un marché de 8 milliards de dollars, soit 5% du marché des vins et spiritueux aux Etats-Unis. 

Les Américains boiraient désormais plus qu’avant la Prohibition, période pendant laquelle la tempérance était devenue la règle pour expier une consommation d’alcool excessive qui détruisait le tissu social et augmentait la violence. En janvier 2020, chaque américain buvait 9 verres par semaine. La consommation par habitant est ainsi aujourd’hui de 2,3 gallons par an (8,7 litres) contre 2 gallons (7,57 litres) en 1910. Ce n’est toutefois pas le record, loin de là : dans les années 1800, la consommation était de 7 gallons (26 litres).