Le conglomérat japonais SoftBank fait machine arrière sur l’achat de 3 millions de dollars d’actions au géant de la location du bureau partagé WeWork au profit d’une injection supplémentaire de 1,1 milliard de dollars. Somme qui vient s’ajouter aux 14 milliards de dollars déjà déboursé par SoftBank. Plus qu’un geste intéressé, faut-il y voir le signe qu’à l’heure du flex-office généralisé et à la faveur de l’incertitude du COVID-19, l’entreprise, hier survalorisée, pourrait bien se réinventer. 

 

Patience est mère de vertu : alors qu’on la croyait finie, la startup emblématique du coworking WeWork, retrouve un second souffle avec ce nouveau financement de son investisseur majoritaire et historique qu’est le géant japonais des télécoms et des technologies SoftBank. Au cours du trimestre, WeWork a vu ses revenus augmenter de 9% par rapport à la même période l’année dernière. 

L’entreprise californienne qui dispose aujourd’hui de 800 emplacements de par le monde, est elle-même née d’une crise économique, celle des subprimes de 2008. La start-up souhaitait alors « accueillir les personnes déterminées à se lancer dans l’entrepreneuriat, à innover plutôt que de reprendre un job classique ».

L’entreprise signent des baux longues durées (plus de quinze ans) pour des locaux résolument modernes et spacieux dans des emplacements urbains stratégiques. Ces espaces sont ensuite sous-loués pour de courtes durées à ces clients finauxLes services incluent wifi, mobiliers design, salles de réunions, espaces détentes, rafraîchissements, snacks. 

 

Grisée par sa notoriété et sa volonté d’hypercroissance, la start-up a connu les excès d’un trop grand gaspillage de cash. En 2018, WeWork était devenu le plus grand occupant de surface de bureau de Manhattan. Sur-valorisée à 47 milliards de dollars en septembre 2019, elle retombait à 8 milliards dollars un mois plus tard. L’entreprise cherchait à se faire passer pour une start-up tech, alors qu’elle n’était qu’une simple foncière. Ajoutez à cela un business model bancal qui lui ont coûté l’ire de ses investisseurs, une entrée en bourse mise en stand-by et un départ précipité de son médiatique CEO. Enfin, le confinement a entraîné une exode de ses clients et une demande au point mort. 

Pourtant, la société serait sur un point d’inflexion depuis le départ de son CEO et co-fondateur Adam Neumann et la nouvelle normalité du COVID-19. Sur ce dernier point, le contexte pourrait lui être favorable, à mesure que les entreprises exhortent leurs salariés à poursuivre le télétravail et que celles-ci sont de plus en plus frileuses vis-à-vis de baux à long terme avec des équipes de plus en plus dispatchées. Ronen Journo, Senior VP entreprise et workplace chez WeWork avait confié sa vision du futur du travail au Commercial Observer. Pour lui, l’avenir se trouve dans la fin du présentéisme, la réduction des déplacements et le développement d’une multitude de bureaux satellites permettant aux salariés de se rassembler dans un endroit plus proche de chez eux plutôt qu’au siège social de l’entreprise. Une approche mise en lumière par les Echos, qui projettent déjà la mutation du bureau comme lieu de production vers un lieu d’expression. Autrement dit, le bureau sera amené à être privilégié pour le renforcement du lien social (brainstorming, réunions, évènements…) et l’entretien d’un esprit de communauté. 

Fort des enseignements tiré d’une interview de plus de 140 entreprises internationales pour mieux cerner les nouvelles attentes quant à l’espace de travail, l’entreprise souhaite jouer la carte de l’ultra-proximité et de la flexibilité (espace, durée, paiement). Pour se relancer, l’entreprise vise les groupes et start-up, plutôt que les indépendants, du moins dans l’immédiat. De plus pour se conformer aux mesures sanitaires, l’entreprise a renforcé la pratique des gestes barrières (gel hydroalcoolique, signalétique…) et pratiqué une dédensification des espaces. L’idée est ici d’adapter stratégie de bureau et besoins immobiliers

Tous ne sont pourtant pas convaincus de son potentiel. Ainsi certains y voie “le Napster du coworking”, autrement dit une start-up qui aurait posé les bases d’un nouvel usage sans pour autant trouver le moyen d’être profitable, étant entendu que le business model optimal serait perfectionné par un autre acteur du secteur.